Dimanche 23 juillet 2006

Il est là.
Je peux le sentir même si je ne le vois pas.
Il me suit, de loin, sans un bruit.
Quand les ténèbres se font opaques, quand j'ai l'impression que ma conscience elle-même tourne au cauchemar vivant, je l'aperçois ; il se découvre et semble m'observer de son visage lisse et impassible.
Est-ce lui qui entraîne tout ce qui m'entoure vers un chaos indéfinissable ?
Et il avance.
Lentement.
Droit vers moi.
Imperturbable.
J'ai peur.
Une peur irrationnelle et terrible qui ne me scie les jambes et me cloue sur place.
Autour de lui, l'air lui-même semble se distordre, se troubler, comme lorsqu'on regarde à travers des flammes.
Et parfois, l'espace de quelques secondes, cet espace trouble prend la forme de silhouettes torturées, faméliques, se tordant et étendant leurs bras comme pour se raccrocher à un espoir qui les a depuis longtemps abandonnés.
Je prie de tout mon être pour que je ne l'entende jamais.
Même si on ne peut émettre de cri sans bouche, quelque chose me dit que quand sa voix retentira, elle résonnera comme une cessation de tout.
Un retour aux Ténèbres originelles d'où les premières étoiles sont sorties.
Des Ténèbres froides, sans vie.
Il en est l'Emissaire, le Serviteur muet et immuable.
Et chaque seconde passée à proximité de lui me rapproche de la démence...

par Conrad Maiden
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publié dans :
Endless : les coulisses du projet bd
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